Dans l’édition du jeudi 3 juillet 2008 du journal Le Devoir on peut lire un article intitulé “le maire Brossard se pose en censeur” signé par la journaliste Jeanne Corriveau. Notre élu estime que c’est sa prérogative d’autoriser ou non une caméra de télévision de filmer les les débats du conseil municipal. Comme la dernière séance de son conseil était mouvementée, il a cru bon imposer des restrictions à une équipe de tournage. Nous avons commis une lettre ouverte pour exposer notre propre situation et parler de l’interdiction absolue de filmer éditée par nos régies de la récupération (RIRHL) et des déchets (RIDR). Notre lettre a été publiée dans la version électronique du journal. Nous la reproduisons ici intégralement.
Chez nous, dans la MRC d’Antoine-Labelle que contrôle habilement la riche MRC des Laurentides, ce sont des régies – la Régie intermunicipale des déchets de la Rouge (RIDR) et la Régie de la Récupération des Hautes-Laurentides (RIRHL), qui empêchent simples citoyens comme journalistes de non seulement filmer, mais aussi photographier ou enregistrer et leurs séances publiques et les lieux mêmes où ils s’adonnent aux combien sulfureux rituels de la récupération. Idem pour les terrains où ils enfouissent leurs “vidanges” – avec tuyau qui conduit les eaux de lixivation, encore toxiques même si prétraités, jusqu’à la rivière.
Cet interdit décrété par voie réglementaire a sans doute eté concocté par un de ces petits bureaux d’avocats spécialisés dans l’étranglement progressif des droits de regard démocratiques. Les deux textes des interdits étaient, omment s’en étonner, très très très ressemblants. On ne s’est sans doute pas gêné pour facturer chacune des régies « clientes » au plein tarif.
C’est une simple demande venue d’un scénariste-réalisateur désireux de filmer quelques moments choisis des réunions publiques pour un projet de documentaire, qui a déclenché les hostilités. Ils ont d’abord prétendu ne pouvoir répondre à la demande. Pendant ce temps, ils préparaient dans l’ombre opaque des pré-caucus leur (mauvais) coup. Le soir des réunons mensuelles des régies, qui se tenaient à l’époqaue dans les mêmes locaux et se succèdaient à une heure d’intervalle avec sensiblement les mêmes acteurs, lecture a été faite du règlement qui a été promptement accepté ici (RIRHL) comme là (RIDR) lors d’un vote à main levée. Seulement une petite poignée de courageuses de municipalités s’y sont opposées.
Quelques séances plus tard, le président de la RIRHL, l’ineffable François Desjardins, ex-déctective de la SQ et maire de Saint-Aimé-du-lac-des-Iles, sortait son cellulaire en pleine réunion et appelait la Süreté du Québec pour faire expulser manu militari un journaliste de l’Information du Nord qui avait osé défier le règlement et avait pris quelques photos de l’assemblée. C’est escorté de deux agents qu’il avait été contraint de quitter la salle. Une autre journaliste de l’hebdo Accès s’est exposée elle aussi aux foudres de la régie.
Quand quatre mois plus tard la mairesse de Rivière-Rouge, madame Déborah Bélanger, a demandé un vote pour abolir le règlement, on s’est fait un malin plaisir de contrarier son appel à un peu de raison et on a reconduit la mesure.
Récemment, à la RIDR, on a décidé de diminuer de moitié la fréquence de ces réunions publiques où n’importe qui peut demander des comptes . Je crois que ces gens ne seront heureux que lorsqu’il n’y aura plus qu’un pelé et deux tondus dans la salle – on n’en est pas loin. Un jour, ils demanderont sans doute aux éventuels spectateurs d’apporter leurs propres chaises.
Ah oui, j’allais oublier : la RIDR a déménagé ses réunions dans une petite municipalité des Laurentides, la Conception, où les fumets des biogaz produits par les déchets de tous ne risquent pas d’affecter leur odorat comme c’était le cas à Rivière-Rouge, lieu traditionnel des réunions, où est situé le dépotoir. Ce dernier est au service presque exclusif des villes formant la MRC voisine, trop heureuse de domper ses vidanges dans la cour du voisin. Comme le déménagement des réunions a aussi pour effet (quel malheureux hasard!) d’éloigner le ramassis d’insatisfaits, tout se met en place pour que le silence éternel occupe désormaius ces espaces infinis. Et cela m’effraie, comme le disait Blaise Pascal parlant de l’univers.
Grâce à de valeureux zélotes promoteurs du retour de la grande noirceur, tout un pan de l’histoire des régions ne s’écrira pas – je veux dire avec les outils propres à la communication moderne. Elles n’avaient pas besoin de ces vigoureuses mesures de désertification intellectuelle et morale pour s’atrophier davantage, nos régions, elles qui souffrent déjà cruellement de la force d’attraction des grands centres.
Avides d’occuper un de ces petits pouvoirs qui leur permettent de prendre la pose devant ces journalistes qu’autrement ils fuient comme la peste, une médiocratie aux couleurs chatoyantes de l’algue bleue-verte est à pied d’oeuvre pour chasser le dernier carré de gens porteurs de discours censés, et occuper sans partage tout le terrain (la nature à horreur du vide), dans l’espoir de légitimer leurs décisions par des votes unanimes dignes des états parias que l’on sait.
On ferme les projecteurs. On éteint les caméras, on désactive les flashs des photographes. La réunion peut commencer. Et si des citoyens, seuls ou en groupe, osent poser trop de questions, un truc infaillible pour qu’ils arrêtent de se prendre pour des phares d’Alexandrie, c’est de les envoyer devant la Commission d’accès à l’information (une autre veine juteuse pour les bureaux prospères de nos défenseurs et presque amis!!!). Et on ne se gêne pas pour le faire, croyez-moi! Sachant avec quelle lenteur, faute de moyens, cette commission procède, on a le temps de fermer nos livres avant d’être contraint à montrer patte blanche.
P.s: pour ceux que ça intéresse, vous pouvez trouver sur YouTube ou le site internet < http://riviererouge.wordpress.com> un petit documentaire en quatre parties consacré à la fermeture du centre de tri de Rivière-Rouge et qui s’intitule: Silence on détourne.

